Idées

Faire société : le choix des coopératives

L’économie sociale et solidaire et les créations de coopératives sont en nette augmentation (2 165 à la fin 2013), même si cette forme d’entreprise reste confidentielle. Est-il si difficile de fabriquer de la coopération ? Comment transformer davantage d’entreprises en coopératives de travail ? 


Une démocratie se construit, lentement. Une coopérative aussi. Oxalis et Coopaname, coopératives ouvrières emblématiques du mouvement des coopératives d’activités, ont en partage une même façon de faire et d’être : une méthode, un regard sur le monde, un projet politique visant à établir une pédagogie coopérative. 
Cette « méthode », qui a pour but de mettre en relation des collectifs de travail, accompagne à présent massivement la construction d’initiatives coopératives. Et, dans une logique d’éducation populaire, les acteurs et actrices seront à tour à tour accompagné-es 
et accompagnant-es.


Et si nous imaginions alors de construire un réseau auto-alimenté d’apprentissage et d’accompagnement mutuel entre anciens, nouveaux et futurs coopérateurs et coopératrices ? C’est là l’objectif poursuivi par la Manufacture coopérative. 
Mais l’évolution vers la coopération implique l’émergence d’une culture spécifique qui fonderait une capacité collective à penser le rapport au pouvoir dans l’entreprise, le rapport au travail et la relation aux autres. Cet ouvrage collectif s’adresse à tous celles et ceux qui souhaitent travailler de manière radicalement différente, qui rêvent de se rassembler autour d’un projet commun qui a du sens. Bref, œuvrer ensemble pour faire société.


La Manufacture coopérative est une recherche-action initiée par les Scop Oxalis et Coopaname à laquelle est associé le laboratoire Ladyss. Elle s’engage sur la transformation de collectifs de travail en organisations coopératives, quelle que soit la dynamique de cette transformation : récupération, mutation ou reprise. 

Les auteurs : 
Anne Chonik Tardivel, Anne-Laure Desgris, Amandine Le Postec, Catherine Bodet, Céline Poret, Elsa Manghi, Grégoire Prudhon, Jean-Luc Chautagnat, Joseph Sangiorgio, Konstantinos Lambropoulos, Luc Mboumba, Mirta Vuotto, Marcelle Godefroid, Nadine Richez-Battesti, Noémie de Grenier, Olivier Hoeffel, Petia Koleva, Stéphane Veyer, Sylvie Muniglia, Thomas Lamarche, Yorgos Rizopoulos

 

Couverture du livre "Faire société : le choix des coopératives"
Collection "Idées coopératives" - Editions du Croquant

Aux entreprenants associés : la coopérative d'activités et d'emploi

Qu’est-ce qu’une coopérative d’activités et d’emploi (CAE) ? Comment ça fonctionne ? Comment cette nouvelle forme d’entreprendre est-elle née ? Cet ouvrage propose de partir à la découverte de ce mode original d’entrepreneuriat. Illustré de nombreux témoignages, il appréhende tout autant le fonctionnement pratique que le projet politique qui sous-tend la CAE.

 

Dans un premier temps, est explicité son fonctionnement au travers de témoignages d’entrepreneurs issus des CAE que l’auteur a connus : Cap Services, la première née en 1995 et de Coopaname, la plus importante CAE d’Ile de France. Dans une seconde partie c’est l’histoire de ces coopératives qui est racontée à travers l’itinéraire d’Elisabeth Bost : comment elles se sont co-construites, les difficultés rencontrées, les combats menés depuis quinze ans et ceux qui restent d’actualité, notamment en matière juridique.

 

La troisième partie est consacrée aux enjeux actuels du modèle. Elle prend appui sur l’expérience de Coopaname, la croissance rapide et la taille de cette coopérative l’obligeant à de nouveaux questionnements et la poussant sans cesse à l’innovation.

 

Auteure :

Elisabeth Bost, fondatrice de la première CAE, du réseau Coopérer pour entreprendre et de Coopaname

Préface d’Hugues Sibille
Postface de Jean-François Draperi

Couverture : Aux entreprenants associés
Collection "Pratiques utopiques" - Editions REPAS

Construire les bases d’une CAE : l’émergence d’une entreprise de salariat, d’accompagnement et d’apprentissages mutuels

Quelle est l’activité d’une coopérative d’activités et d’emploi (CAE) ? Cette question simple n’a jamais trouvé de réponse simple, consensuelle, pérenne.

 

Notre contribution, menée dans un cadre de recherche-action par des praticiens des CAE, tente d’aborder cet enjeu en proposant une approche des avatars successifs des CAE depuis leur création. Sur la base de la mue en cours à Coopaname, CAE installée en Ile-de-France, nous avançons l’idée qu’une troisième génération de coopératives d’activités et d’emploi voit actuellement le jour qui mènera ces dernières à devenir enfin ce qu’elles sont : une forme nouvelle de mutualité, dont l’objet est la protection mutuelle des parcours professionnels.

Joseph Sangiorgio et Stéphane Veyer
Par Joseph Sangiorgio et Stéphane Veyer. Contribution au colloque 2008 de l'IEMN-IAE Nantes «Economie sociale et solidaire : nouvelles pratiques et dynamiques territoriales »
Pour répondre à l’individualisation de la société que nous proposent les entreprises algorithmiques – les entreprises du travail à la demande comme Uber ou Take eat easy, ces entreprises de la Gig Economy, cette économie des petits boulots -, il existe déjà des réponses basées sur la solidarité.
Noémie de Grenier, co-directrice générale de Coopaname. Extrait de "Quelle est la meilleure réponse à l’ubérisation ? Les collectifs !", article de Hubert Guillaud. Internetactu.net, avril 2016

Les entrepreneurs associés ou comment repenser le travail

« Si vous n’avez pas d’emploi, créez-le ! », lançait Raymond Barre en 1979.

C’est sous la pression du chômage qu’un certain nombre de politiques d’incitation à la création d’entreprises ont été lancées.

 

De nombreux outils ont été mis en place pour aider ces entrepreneurs d’un nouveau genre, comme les boutiques de gestion ou le microcrédit, et de nombreuses mesures ont été prises pour simplifier les démarches : SARL à un euro, microentreprise, et aujourd’hui auto-entrepreneuriat.
Mais bien souvent, les chômeurs que l’on incite ainsi à créer leur propre entreprise sont envoyés “au casse-pipe”. Pour la plupart, ils ne disposent pas des réseaux, des compétences de gestion, de  l’expérience ni du capital qui leur permettraient de se lancer sans prendre trop de risques.

Paradoxalement, on demande à des personnes qui sont relativement éloignées de l’emploi de posséder d’emblée toutes les compétences nécessaires à la création et à la gestion d’une entreprise, que ce soit sur le plan de la comptabilité ou du management. Faire face à tous ces défis sans accompagnement est une gageure.

 

Stéphane Veyer
Par Stéphane Veyer. Conférence/débat donnée au Séminaire "Économie et sens" organisé par "Les amis de l'école de Paris" et le Collège des Bernardins, avril 2011

Pour une économie sociale et solidaire de combat

Voilà, c’est fait. L’économie sociale et solidaire (ESS) voulait être « reconnue «, elle l’est. Elle souhaitait changer d’échelle : elle en aura les moyens. Les entrepreneurs sociaux voulaient qu’on leur fasse une place sur la photo de famille : ils sont au premier rang.

 

Dont acte : le projet de loi sur l’ESS présenté par Benoît Hamon et voté par le Sénat a le mérite d’exister et de proposer des dispositions qui faciliteront la vie des entreprises du secteur.

 

Il suffirait donc à présent de se fondre dans le cadre institutionnel tracé par la puissance publique et d’y faire prospérer nos entreprises d’ESS en bons développeurs. Mais est-ce bien là ce que nous avions à revendiquer ?

Emmanuel Antoine et Stéphane Veyer
Par Emmanuel Antoine (président de Minga) et Stéphane Veyer (co-directeur général de Coopaname),. Le Monde, novembre 2013
« Ce que défendent les CAE au travers de l’idée de mutuelle de travail, ce n’est pas tant le salariat (qui n’est qu’un outil) que le tissu de solidarités sociales et professionnelles que 150 années de progrès social étaient parvenues à réguler, et que le capitalisme financier autant que l’Etat libéral contribuent à détricoter.
Extrait de Nathalie Delvolvé, Stéphane Veyer, « De la coopérative d’activités et d’emploi à la mutuelle de travail : produire du droit pour accompagner un projet politique d’économie sociale », juin 2009.

L'ESS, cette chimère enfantée par la puissance publique

La question du périmètre de l’économie sociale et solidaire est depuis vingt ans une tarte à la crème que l’on aime resservir.

 

Le jeu du qui est in, qui est out, en même temps qu’il nourrit les quêtes identitaires, fournit nombre d’énigmes insolubles et amusantes : pourquoi les comités d’entreprises ne sont-ils jamais cités comme parties prenantes de l’ESS ? Pourquoi Henry Ford ou Edouard Leclerc ne sont-ils pas considérés comme des entrepreneurs sociaux ? Etc. […]

 

Faisons preuve de malice : si l’ESS existe, n’est-ce pas justement pour refouler la question de l’idéologie, du projet politique qui devrait normalement se loger au cœur de toute initiative associative, coopérative ou mutualiste ? Sous l’étiquette ESS, tout devient tellement plus humaniste, moins subversif, moins radical.

 

Anne-Laure Desgris et Stéphane Veyer
Par Anne-Laure Desgris et Stéphane Veyer pour la Manufacture coopérative. Tribune parue dans l'Humanité en janvier 2014

Coopaname écrit une page dans les «Carnets de campagne»

En mars 2012, Joseph Sangiorgio, co-directeur général de Coopaname, répondait aux questions de Philippe Bertrand pour l’émission «Carnets de Campagne» sur France Inter

 

Par Joseph Sangiorgio, Coopaname, et Philippe Bertrand, France Inter. Mars 2012
À l’ESS « des bonnes causes », nous appelons donc à substituer une ESS « de combat ». Voici notre programme. Il a le mérite de la simplicité. Il consiste à amener partout, dans tous les recoins de l'économie, à toutes les échelles, un questionnement légitime sur le pouvoir, la propriété, le savoir.
Extrait de « Adieux à l’ESS », une tribune de Stéphane Veyer de Coopaname et Emmanuel Antoine de Minga. Le Monde, novembre 2013

Négociations Unédic - Le travail n'est pas un coût, le chômage n'est pas un délit

 Les négociations entre les partenaires sociaux pour élaborer la convention Unédic 2014-2017 ont débuté le 17 janvier dernier. Encore une fois, il n’est question que de limiter le droit à l’assurance-chômage, sous quelque modalité que ce soit: dégressivité des aides, allongement de la durée de cotisation nécessaire à l’ouverture de droits, durcissement des critères de la «recherche active d’emploi», harmonisation par le bas en supprimant les annexes concernant les intérimaires et les intermittent.e.s du spectacle… Les chômeuses et les chômeurs sont considéré.e.s comme des «profiteurs du système», alors que les revenus du capital continuent d’augmenter, et que c’est la recherche effrénée de plus-values financières qui produit du chômage.

 

Nous, travailleur.se.s autonomes, co-entrepreneur.e.s de nos entreprises coopératives, artisan.e.s, paysan.ne.s, artistes et technicien.ne.s du spectacle… que nous soyons salarié.e.s, intermittent.e.s, indépendant.e.s, chômeur.se.s, nous sommes consterné.e.s de voir remis en cause ce droit essentiel.

 

Coopaname fût parmi les premiers signataire de cette tribune collective, avec, entre autres, Minga, Compagnie N.A.J.E, Esscoop, la Manufacture coopérative, Artenréel, les Matermittentes, SCOP Ozon, Lazzi Théâtre, Oxalis Scop, Vecteur Activités, ATTAC France, Solstice, Scic Smartfr, La Revue Eclair, Libre Informatique, Sud Culture Solidaires 34, Coordination des Intermittents et Précaires IdF, Scop276, Compagnie Jolie Môme, la Navette, La Tribouille, C Cédille, Odyssée Création, ktha compagnie, Recours Radiation, Naï No Production, Ekitour, Union Syndicale Solidaires, SIPMCS-CNT, La Famille Goldini, Evaléco, RESEAU Ecobâtir, Scop EMI-CFD, …

Tribune collective, diffusée le 27 février 2014

La transmission au cœur de l’économie politique des coopératives

La crise du modèle de la valeur actionnariale et de son univers de marchés financiers supposés efficients, a relancé la question de la propriété de l’entreprise en lien avec sa finalité et le contrôle de ses décisions stratégiques. En particulier, l’idée d’une propriété de l’entreprise par les actionnaires a été remise en cause au motif que l’entreprise, OVNI juridique, n’est pas la société de capitaux que le droit définit comme une personne morale. Si les actionnaires sont seulement propriétaires de leurs actions, il convient alors de refonder l’entreprise (Hatchuel et Segrestin, 2012), d’interroger ses responsabilités sociales (Roger éd., 2012), voire de sortir de l’entreprise capitaliste (Bachet et alii, 2008) et, finalement, de se demander à qui appartient l’entreprise (Chassagnon et Hollandts, 2014).

Toutefois, le débat sur la propriété de l’entreprise s’avère complexe à arbitrer et, surtout, insuffisant à trancher la question de la primauté des actionnaires (Gosseries, 2012). Partageant avec Favereau et Robé (2012), la prémisse que ni l’entreprise ni la société ne sauraient en droit avoir de propriétaires, nous suivrons donc une autre piste pour aborder l’entreprise, non pas celle de ses propriétaires mais celle de ses agents de pouvoir exerçant ce dernier au nom de l’intérêt social de l’entreprise appréhendée dès lors comme une organisation politique.

Joseph Sangiorgio - Coopaname / Hervé Defalvard Erudite UPEM
Joseph Sangiorgio, Coopaname et Hervé Defalvard, Erudite UPEM. Ce texte a été présenté au Congrès de l’Afep, les 1, 2 et 3 juillet 2015, Lyon
Le coeur de notre savoir-faire consiste à construire une organisation sur des bases fondamentalement différentes de celles d’une entreprise classique. Une de ces bases est la confiance. C’est peut-être cela, le secret de l’affectio societatis des Coopanamiens. Tout le monde est tellement dubitatif à l’idée que la confiance puisse fonctionner dans le monde économique que lorsque c’est le cas, les gens ont à coeur de ne pas trahir cette confiance.
Extrait de Stéphane Veyer, Conférence/débat au Séminaire "Économie et sens" organisé par "Les amis de l'école de Paris" et le Collège des Bernardins, avril 2011

De l'action à la recherche, de la recherche à l'action : l'émancipation par le savoir L'expérience de la Coopérative d'Activités et d'Emploi Coopaname

Le travail indépendant se développe et la progression de formes hybrides de travail, mêlant des caractéristiques à la fois de l’entrepreneuriat et du salariat, questionne l’entreprise et l’emploi. En France, depuis 20 ans, les Coopératives d’Activités et d’Emploi (CAE) expérimentent une organisation coopérative de travail permettant de développer une activité entrepreneuriale, qui se veut protectrice pour les travailleur.e.s grâce à la protection sociale découlant du statut de salarié.e.

 

Cette communication s’intéresse à la recherche-action, en tant que philosophie et démarche de recherche, comme fondement d’un mouvement de transformation sociale, à partir d’une étude de cas, Coopaname, implantée en région parisienne. Il s’agit de questionner la place de la recherche-action comme vecteur favorisant l’émancipation des travailleur.se.s s’associant au sein d’une coopérative. Après une mise en perspective des outils de recherche-action, nous étudierons les effets induits pour le collectif d’entrepreneur.e.s, à travers le projet politique de la coopérative.

 

Par Justine Ballon – Université Paris 7 Diderot – Ladyss – Doctorante en Économie – Associée de Coopaname – Membre de la Manufacture Coopérative

et Catherine Bodet – Docteure en économie - Associée de Coopaname et cogérante de la Manufacture Coopérative

Catherine Bodet & Justine Ballon
Par Catherine Bodet et Justine Ballon. 3e Sommet international des coopératives – Octobre 2016 – Québec